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Lundi 19 septembre 2016

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Yuan Longping : le « père du riz hybride »

2019-06-10


Récolte du riz marin cultivé par l’équipe de Yuan Longping à Qingdao (province du Shandong), le 28 septembre 2017
 
DANG XIAOFEI, membre de la rédaction
 
Depuis l’Antiquité, la Chine est un grand pays agricole, l’agriculture joue donc un rôle important dans la prospérité du pays. Après la fondation de la République populaire de Chine en 1949, face aux catastrophes naturelles fréquentes et aux besoins générés par la croissance démographique, le gouvernement central a élevé la question alimentaire au rang de priorité absolue et a pris diverses mesures pour stimuler la production céréalière.
 
Yuan Longping, scientifique spécialisé dans l’agriculture et expert en riz hybride, a toujours caressé le rêve « qu’aucun Chinois ne souffre de la faim ». Voilà donc 60 ans qu’il mène des recherches, qui ont abouti au développement de trois variétés de riz hybride affichant un rendement supérieur à 1 000 kg par mu (un mu = 1/15 ha), contre 300 kg par mu pour les variétés existantes. Reconnu comme le « père du riz hybride », Yuan Longping a apporté une contribution remarquable à la sécurité alimentaire en Chine ainsi qu’à l’approvisionnement du monde en céréales.
 
Uu riz au rendement toujours plus élevé
 
Yuan Longping est né à Beijing en 1930 et, dès l’enfance, il s’intéressait déjà à l’agriculture. À la fin de ses études secondaires, il a été admis à l’Institut Xianghui de Chongqing (actuelle université du Sud-Ouest), où il a choisi de se spécialiser dans la génétique et l’amélioration des semences.
 
Après l’obtention de son diplôme universitaire en 1953, il a été envoyé à l’école d’agriculture d’Anjiang, dans la région reculée de Xiangxi, pour y débuter sa carrière d’enseignant qui a duré 18 ans. En 1960, une catastrophe naturelle d’une rare violence a frappé la Chine, plongeant le pays dans une grande famine qui a coûté la vie à des dizaines de millions d’habitants. Yuan Longping a été témoin de cette calamité. Cette dure et douloureuse réalité l’a motivé à entamer des recherches sur la culture de semences de riz à haut rendement.
 
À l’époque, en Chine comme à l’étranger, il était largement admis que l’hétérosis n’était pas possible chez les plantes autogames comme le riz. Toutefois, Yuan Longping n’adhérait pas à ce point de vue. À son avis, la clé du riz hybride résidait dans le développement d’une lignée à stérilité mâle cytoplasmique.
 
Yuan Longping avait bon espoir qu’il existe dans les champs de telles plantes mâles stériles ayant muté naturellement. C’est pourquoi plusieurs étés d’affilée, saison pendant laquelle le riz monte en épi, il est parti, loupe à la main, en quête de la perle rare, malgré un soleil de plomb. Il a fini par découvrir, le 20 juin 1964, trois spécimens de riz mâles stériles. Entre 1964 et 1970, le professeur et ses assistants ont mené plus de 3 000 expériences sur un millier de variétés de riz, sans pour autant obtenir d’avancées substantielles.
 
Àtravers ses nombreux essais infructueux, Yuan Longping a tout de même fait de nouvelles découvertes qui lui ont donné l’idée de « croiser du riz sauvage et du riz cultivé ». En 1971, Yuan Longping et ses assistants ont déniché un riz sauvage ayant le caractère de stérilité mâle cytoplasmique, en bordure d’un petit étang dans un marais sur l’île de Hainan. Suite à cette trouvaille, ils ont commencé à réaliser des percées dans le riz hybride.
 
En 1973, alors âgé de 43 ans, Yuan Longping a réalisé son rêve : il a mis au point la première génération de riz hybrides au monde. Ces riz hybrides, issus de trois lignées, ont permis de faire passer la production par mu de 300 kg à plus de 500 kg de grains. À l’hiver 1975, le Conseil des affaires d’État a pris la décision d’élargir rapidement la superficie des plantations expérimentales et de promouvoir massivement le riz hybride. En 1976, cette variété a été généralisée sur la majeure partie du territoire. Cet accomplissement scientifique a donné au peuple chinois l’espoir de sortir définitivement de la faim.
 
En 1984, le Centre de recherches sur le riz hybride du Hunan, premier établissement du genre aussi bien en Chine que dans le monde, a été créé. Bien que le budget de l’État fût très limité à cette époque, les ministères et les commissions concernés ont alloué cinq millions de yuans à la construction de ce centre de recherches dédié. Dès lors, Yuan Longping et son équipe n’ont cessé d’œuvrer pour l’accroissement du rendement moyen par mu du riz.
 
En dépit du succès des riz hybrides issus de trois lignées, quelques soucis s’observaient en matière de rendement et de qualité. Par conséquent, Yuan Longping a commencé à étudier une nouvelle variété de riz hybride issue de deux lignées. Sa vision stratégique a obtenu la reconnaissance de l’État : en 1987, la recherche sur le riz hybride combinant deux lignées a été incluse au programme « 863 », plan national de développement des hautes technologies élaboré en mars 1986. Pendant neuf ans, Yuan Longping a pris la tête des travaux scientifiques, sans ménager ses efforts. Résultat : les hybrides issus de deux lignées qu’il a mis au point permettaient d’obtenir une production de 5 % à 10 % supérieure à celle des variétés provenant de trois lignées au même stade de maturation, tout en garantissant une meilleure qualité.
 
Dans les années 1990, l’agroéconomiste américain Lester R. Brown a posé la question suivante : « Qui va nourrir la Chine? » Il était d’avis que la croissance démographique chinoise engendrerait une demande accrue en céréales et que les importations massives du pays pour répondre à cette demande entraîneraient un enjeu alimentaire mondial. Dans ce contexte, Yuan Longping a proposé en 1998 de se consacrer à une nouvelle thématique de recherche : la culture du « super riz ». En d’autres termes, un riz hybride de haute performance et de qualité supérieure. Ravi d’entendre cette nouvelle, Zhu Rongji, alors premier ministre chinois, a immédiatement approuvé le versement d’une allocation de dix millions de yuans en vue de soutenir cette initiative. Dans la base agricole de Sanya à Hainan, Yuan Longping a dirigé une équipe de collaborateurs venus d’une dizaine de provinces, municipalités et régions autonomes du pays. Au fil des années, dans leurs rizières expérimentales, ils ont atteint leurs objectifs successifs de rendement, toujours plus élevés : 700 kg par mu en 2000, 800 kg en 2004, 900 kg en 2012 et 1 000 kg en 2014. En 2018, le rendement moyen du « super riz » à Yongnian, dans la province du Hebei, a atteint 1 203 kg par mu, établissant un nouveau record mondial.
 
Jusqu’en 2017, les divers riz hybrides étaient cultivés sur une superficie de plus de neuf milliards de mu (600 millions d’hectares) en Chine, générant au total une production supplémentaire de plus de 600 millions de tonnes de grains. Les grains récoltés en plus chaque année pouvaient nourrir plus de 70 millions de personnes. Avec 7 % des terres arables mondiales, la Chine parvient à subvenir aux besoins alimentaires de 22 % de la population planétaire. Un véritable miracle à l’échelle mondiale !
 
Le 15 octobre 2017, le « super riz » hybride sélectionné et cultivé par Yuan Longping et son équipe a atteint un rendement de 17 200 kg par hectare, établissant un nouveau record mondial.
 
Le riz marin à l’étude
 
La Chine abrite plus d’un milliard de mu (66 millions d’hectares) de terres salines et alcalines ainsi que des dizaines de millions de mu de bancs de sable et vasières, répartis principalement dans les basses terres du nord-ouest, du nord et du nord-est du pays, sur les rives des lacs et dans les zones côtières. L’érosion due à l’eau de mer est le principal facteur façonnant ces environnements particuliers. Par le passé, aucune plantation ne pouvait être envisagée dans ces zones. Pourtant, avec 100 millions de mu (6,66 millions d’hectares) de terres salines et alcalines transformées et exploitées à des fins agricoles, il serait possible de rassasier 80 millions de personnes.
 
Mû par cette conviction, Yuan Longping, à l’âge de 87 ans, s’affairait toujours à développer un nouveau type de riz, dénommé le riz marin, capable de pousser sur les sols salins et alcalins présents sur les rivages. Il souhaitait en effet transformer les bancs de sables et vasières en champs fertiles sur lesquels pousserait du riz marin.
 
En 2017, Yuan Longping a pris la tête de l’équipe pour créer le Centre de recherche et de développement du riz marin à Qingdao. Cette ville chinoise est située dans la péninsule du Shandong, qui renferme des millions de mu de terres salines et alcalines. Le terrain idéal pour mener les premiers essais ! Au cours des dernières années, le gouvernement provincial du Shandong a investi une somme d’argent colossale pour faire en sorte que ces terres asséchées par le sel puissent être exploitées.
 
Sous la direction de Yuan Longping, la culture du riz marin a progressé rapidement. Suite au croisement du riz marin semi-sauvage et du riz cultivé, le rendement a augmenté (jusqu’à 620 kg par mu pour une variété !) et les épis résistent à présent à la verse. En 2018, les zones de plantation ont été étendues, mais le riz marin demeure encore au stade de l’expérimentation scientifique.
 
Le président chinois Xi Jinping suit avec grande attention ces essais de riz marin. En avril 2018, il s’est rendu à Sanya pour inspecter les progrès accomplis dans la culture du « super riz ». À cette occasion, le président n’a pas manqué d’interroger Yuan Longping sur le développement de son riz marin.
 
Le 18 octobre 2018, deux journalistes allemands visitent le champ expérimental de riz hybride de Yuan Longping.
 
Des découvertes au profit du monde entier
 
« Le riz hybride est né en Chine, mais il appartient à toute l’humanité. Je fais le vœu qu’il se propage dans le monde entier pour qu’il profite à tous », a déclaré Yuan Longping. Petit à petit, son souhait devient réalité.
 
Le riz hybride a commencé à être exporté en 1979, lorsque le ministère chinois de l’Agriculture a fait don de 1,5 kg de semences à la société américaine Occidental Petroleum. Une fois cultivées aux États-Unis, ces semences se sont révélées 33 % plus productives que les meilleures variétés locales.
 
Depuis les années 1980, grâce au soutien du gouvernement chinois, Yuan Longping a formé plus de 10 000 scientifiques et ingénieurs en riz hybride, originaires de près de 80 pays en développement. En outre, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture l’a engagé comme conseiller principal pour qu’il aide les autres pays à cultiver du riz hybride.
 
Sous l’impulsion du gouvernement, les techniques de riz hybride chinois ont été diffusées dans plus de 30 pays et régions. Les diverses variétés sont aujourd’hui plantées sur une surface globale de plus de 30 millions de mu (deux millions d’hectares) et ont toutes obtenu un franc succès. Si du riz hybride était cultivé dans la moitié des rizières du monde (160 millions d’hectares), avec un rendement à l’hectare augmenté de deux tonnes, la production de céréales pourrait progresser de 160 millions de tonnes de céréales, assez pour alimenter 500 millions de personnes de plus. Ainsi, Yuan Longping contribue à l’émergence d’un monde où chacun aura largement de quoi se nourrir.
 
Suite à la diffusion de ses résultats de recherche sur le riz hybride et en raison de son influence considérable sur la sécurité alimentaire mondiale, en 2006, Yuan Longping a été désigné associé étranger de la National Academy of Sciences. C’est la première personne issue de la communauté des sciences agricoles chinoise à avoir reçu cet honneur. En outre, il a également remporté une dizaine de prix internationaux, notamment le prix des Sciences de l’UNESCO, le prix américain World Food Prize et le prix israélien Wolf d’agriculture.
 
Source: french.china.org.cn 

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